2011 : Trois regards dans le rétro (2/3)
Le joli mois de mai.

Ha ! Le délicieux printemps, les petits zozieaux, les vaguelettes qui titillent le sable cannois, la Croisette qui grouille de cinéphiles, de businessmen et de m’as-tu-vu; de fêtards, de journalistes, de producteurs, d’agents… ! Et même de quelques cinéastes !

En Belgique, à ce moment, il ne se passe généralement rien. Sauf cette année : alors que les Dardenne, Bouli Lanners, Abel et Gordon, Valérie Rozier sont descendus défendre leur bébé, les spectateurs belges découvrent une bien étrange séquence dans tous les cinémas numériques du pays. Aussi bien en Flandre qu’en Wallonie.

D’un côté, on tombe, nez à nez avec Bouli Lanners, casquette vissée sur le crâne, rigolard et pertinent, de l’autre Gus Van den Berghe et son drôle d’oiseau bleu mais également l’équipe de Code 37 au boulot. Un futur blockbuster in the making.

 

 

Mercredi 11 mai ! Le même jour débutent le festival de Cannes et… Cinevox. Le site est mis en ligne dans la matinée, la capsule Grand Ecran arrive dans toutes les salles numériques dès midi. Dedans, Bouli nous fait rire: « Les Géants? Un Film américain! Mais en français. Pas besoin de lire les sous-titres « . Et le public venu voir la dernière romcom à la mode se demande un peu surpris et amusé qui est ce sympathique barbu coiffé d’une casquette qui l’interpelle en se marrant.

Pour la première fois, on découvre sur grand écran des bribes du making of des Géants. Les Géants? Jusqu’ici seuls les cinéphiles avides de sensations belges savent que c’est une aventure construite autour de trois ados, sélectionné au Festival de Cannes. Les extraits sont drôles, le discours aussi.

Ça donne envie. C’est le but. Provoquer l’attente à travers le plaisir. Faire sauter cette chape de plomb qui pèse sur le cinéma belge. Changer cette image biaisée. Sacré défi, non? Même pas peur !

 

 

Les belles histoires se nourrissent parfois de jolies coïncidences. Ainsi la date du 11 mai fut-elle décidée pour lancer Cinevox bien avant d’apprendre qu’une poignée de films belges (courts et longs) allait faire l’évènement sur la Croisette. La Quinzaine des Réalisateurs s’ouvre sur La Fée. Et même si la comédie absurde et réjouissante d’Abel, Gordon et Romy ne remportera finalement pas de prix, tous ceux qui assistaient à cette séance inaugurale vous diront quel délire ils ont vécu. Des rires partout, des éclats incontrôlables, des applaudissements pendant et après la projection. Le bonheur. Même les fans présents sont surpris: on a rarement vu ça. A fortiori ici.

 

 

La Quinzaine est d’ailleurs le repère favori des Belges durant cette 64e édition bénie. Blue Bird de Gust Van den Berghe y figure en bonne place et Les Géants, nos très chers Géants, héritent carrément de la clôture. Pour Bouli Lanners, il s’agit d’un retour en force trois ans tout juste après y avoir étrenné de si belle manière son Eldorado. Pour dignement couronner son séjour sur la Croisette, il glane  deux trophées : le jour de son 46e anniversaire, Bouli reçoit le prix SACD et le prix des salles Art et Essai de la CECAE.

 

 

À la semaine de la critique, point de film belge, mais un acteur bien de chez nous qui déchaîne les passions. Olivier Gourmet épate tout le monde avec une prestation sobre, mais animale, dans l’excellent Exercice de l’État. Loin d’être relégué à l’arrière-plan par l’affaire DSK ou par La Conquête de Durringer qui déçoit, le thriller politique de Pierre Schoeller empoche un prix de la critique internationale.

 

 

Côté courts métrages, le Belge est aussi à l’honneur. Dimanches de Valery Rosier (photo ci-dessus) est récompensé dès le jeudi et lors de la cérémonie de clôture on découvre que Badpakje 46 un court-métrage flamand (photo ci-dessous) récolte un prix spécial du jury (une Palme d’Or bis, en fait). Pour marquer le coup, Michel Gondry le président a confectionné des Palmes dorées artisanales.

 

 

Tout cela serait déjà exceptionnel, mais l’histoire à ce stade est très incomplète…  Car, Jean-Pierre et Luc Dardenne sont de la partie et lorsque les frères sont dans le coin, la concurrence frissonne même sous le soleil cannois.

 

 

On ne souvient encore avec pas mal d’émotions de ce dimanche 22 où les Palmes et prix cannois devaient être remis aux lauréats.

Dès le début de l’après-midi, on apprend que les réalisateurs reprennent l’avion en direction de la Croisette… mais on est prié de garder le secret. Ce qu’on fait jusqu’à ce que la rumeur se répande sur le web et qu’on la concrétise officiellement. Oui, les frères sont présents. Avec la révélation de leur film, le formidable Thomas Doret.

Ils décrocheront finalement un Grand Prix Spécial du jury qui s’ajoute avec panache à leurs deux Palmes d’or, leur prix du scénario et les deux prix d’interprétation reçus par Émilie Dequenne pour Rosetta et Olivier Gourmet pour Le Fils.

Les sceptiques peuvent ergoter, mais une chose est certaine: En 99, 2002, 2005, 2008 et 2011, les frères se sont frottés à cinq jurys (très) différents et chacun les a consacrés d’une manière ou d’une autre. Penser qu’il s’agit là d’un supposé snobisme ou d’une machiavélique manipulation médiatique est totalement stupides: même s’ils peinent parfois à toucher le public, Jean-Pierre et Luc sont adulés par de nombreux cinéastes, acteurs, critiques. À travers le monde entier.

En 2011, Les Films du Fleuve et leurs distributeurs belges et français ont élaboré un calendrier de sortie inédit: Le Gamin au Vélo, considéré par tous comme un film plus lumineux, plus accessible, arrive dans les salles en plein festival, juste après sa programmation cannoise, mais avant la remise des récompenses. Un choix fort judicieux puisqu’à ce jour, le film déjà sorti dans huit pays a attiré près d’un million de spectateurs : leur plus gros succès depuis Rosetta, première Palme d’or du cinéma belge.

 

Qu’une oeuvre de cette ambition fédère un public aussi large est une merveilleuse surprise, le signe incontestable que quelque chose est en train de bouger.

 

 

 

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