2 Days in New-York
One night in Brussels

Quel rapport entre La vie d’une autre, Légitime défense, Le Cochon de Gaza et Nuit blanche? Ce sont tous de bons films, ça oui; dans des registres différents: une rom com, deux thrillers, une comédie dramatique à portée politique. Ce sont aussi des longs métrages qui n’auraient jamais eu de sang belge dans leurs veines il y a quinze ans. Mais avec l’arrivée des fonds régionaux, le soutien de la Fédération Wallonie Bruxelles et, plus encore, surtout ici, du tax shelter, ils ont tous été coproduits par Saga Film, la société qu’Hubert Toint a créée en 1987.

 

[Hubert Toint, le boss de Saga Film. la plus fameuse moustache  de la production belge]

 

Le calcul est vite fait : Saga fête cette année ses 25 ans d’existence. Hubert Toint et Jean-Jacques Neira qui a rejoint la société en 2006 ont concrétisé l’évènement dans une avant-première très classieuse, organisée à Wolubilis pour la première de Two days in New York, une coproduction franco-germano-belge, tournée aux États-Unis. La classe !

 

[Avec Christophe Mazodier, le producteur français, avec Hubert Toint et Jean-Jacques Neira]

 

Comme les quatre films cités en ouverture de l’article (qui ne sont que de récents exemples parmi beaucoup d’autres), Deux jours à New York est un projet qui jamais ne serait passé par la Belgique sans l’impact financier du tax shelter. Mais grâce à Saga Film et au BNP Paribas Fortis Film Fund, Julie Delpy, la scénariste-réalisatrice-actrice-compositrice-chanteuse, a passé un mois à Bruxelles pour suivre les travaux de postproduction de sa délirante comédie majoritairement effectuée au Studio l’équipe. Franco Piscopo (mixeur son), Julie Brenta (monteuse son direct), Gert Janssen (monteur son) et Peter Bernaers (étalonnage) ont ainsi eu le plaisir de mettre leur savoir-faire au service du film.

 

[Julie Delpy de retour à Paris]

 

Le film? Il est décalé, délirant, souvent hilarant, mitraillé à un rythme assez hallucinant. Comme une spectatrice le dit à l’issue de la projection, « il faudrait que je le revoie une ou deux fois pour tout bien comprendre ». Non pas que cette comédie soit compliquée, mais le feu nourri des dialogues ciselés, croisés avec une caméra nerveuse et un montage parfois épileptique font qu’on a du mal à tout capter. Un peu comme du Woody Allen dopé façon Social Network Est-ce un problème? Au contraire ! C’est un ton, une volonté assumée et finalement réjouissante.

 

 

Two Days in New York est comme on s’en doute la suite de Two Days in Paris: Marion (Julie Delpy) est désormais installée dans un appartement de Big Apple où elle vit avec Mingus (Chris Rock) un animateur radio, leurs deux enfants qu’ils ont eus de relations antérieures et un chat.

 

[Albert et Julie Delpy, très complices]

 

Marion est toujours photographe et prépare son exposition : des photos consacrées… à ses ex, prises dans le cadre unique de la chambre conjugale. Non, pas des clichés sexy, mais l’expression d’une histoire à un moment M. Pour fêter cet évènement, la famille débarque: le paternel de Marion, excentrique et déjanté et sa soeur psy, nympho et passablement dérangée. Cerise sur le gâteau, la soeurette est flanquée de son petit copain qui est en fait l’ex de Marion et qui n’était pas prévu du tout, un mec cooooool qui a de New York et des Américains une image idéalisée et totalement anachronique.

 

[Chris Rock compose un personnage allenien, hilarant]

 

Pendant deux jours, le choc des cultures, mais surtout les personnalités débridées des trois arrivants vont provoquer un véritable feu d’artifice entre Mingus, un vrai « newyorker « , Marion disjonctée sur les bords, son père qui ne parle pas un mot d’anglais, sa sœur en phase avec ses problèmes freudiens, et son boyfriend … Ajoutons-y une voisine pimbêche, un critique très critique et Vincent Gallo qui refuse de rendre son âme à la photographe.

 

« Je me suis dit : pourquoi ne pas en faire une suite ?' » explique la réalisatrice. « Mais je savais que je ne pouvais pas le faire avec le même acteur, parce qu’on penserait immédiatement à Before Sunset et Before Sunrise » (les deux films de Richard Linklater, qu’elle a interprétés et coécrits avec Ethan Hawke).

Son choix s’est donc porté sur Chris Rock, une idée assez géniale, car le comédien black, spécialiste de la stand-up, est hilarant et jouit ici d’un espace qui lui permet de nous livrer quelques numéros d’anthologie : « J’adore l’énergie qui émane de Chris. Il a un côté névrosé que j’aime beaucoup. Il y a une angoisse chez lui que je trouve attachante et qui – j’en étais convaincue –  pouvait créer une dynamique intéressante dans le couple ».

 

Pour le casting français, Julie Delpy a confirmé son propre père dans le rôle de… son père. « J’ai été élevée par un grand enfant », explique la réalisatrice. « C’est une force de la nature. Je l’ai vu sur scène dans les années 70, où il faisait des trucs insensés dans des pièces délirantes. Je l’ai vu jouer des femmes, des toxicos… et j’en passe. Je le connais bien, et je sais de quoi il est capable (ndlr. De tout, apparemment ;-)). Et je sais aussi ce qu’il faut faire pour qu’il aille là où je veux qu’il aille… » Albert Delpy accompagnait d’ailleurs sa fille à Bruxelles. La barbe fleurie et l’œil lumineux, il a la bouille de l’emploi.

 

[Albert Delpy à l’écoute de sa metteuse en scène de fille, au naturel à l’écran, irrésistible]

 

Pour compléter la smala, la réalisatrice a aussi fait appel à deux vieux copains, Alexia Landeau et Alex Nahon qui, dans 2 Days in Paris, incarnaient déjà Rose, la sœur de Marion, et Manu, le boulet. « Je connais Alex depuis l’âge de 19 ans, et Alexia depuis 14 ans ». Les trois amis ont fini par écrire le scénario ensemble.

 

La bonne nouvelle est qu’ils se sont visiblement beaucoup amusés et ont surtout réussi à nous transmettre ce plaisir. Funny funny funny !

 

[Julie Delpy loves New-York… et Bruxelles aussi, oeuf corse]

 

En Belgique, Two Days in New York sortira le 11 avril.

 

 

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